L'ammonitrate calcaire (CAN) est un engrais simple azoté élaboré par incorporation de carbonate de calcium — calcaire ou dolomie finement pulvérisés — dans une solution de nitrate d'ammonium, puis granulation ou prilling du mélange. La teneur en azote se situe généralement entre 21 % et 26 %, moitié sous forme ammoniacale et moitié sous forme nitrique[1][2]. La présence de carbonate confère au produit un effet non acidifiant pour le sol, contrairement au nitrate d'ammonium pur[1][2]. La concentration azotée, inférieure à celle de l'urée (46 %) ou du nitrate d'ammonium concentré (33,5 %), constitue un handicap pour le transport sur longue distance[1][3].
Fabrication et procédé
La production de CAN s'inscrit dans les unités de fabrication de nitrates, qui traitent généralement de quelques centaines à 3 600 tonnes par jour[4]. Le procédé consiste à neutraliser de l'acide nitrique par de l'ammoniac pour former du nitrate d'ammonium, puis à mélanger la solution obtenue avec du carbonate de calcium avant transformation en solide. Les installations européennes recensées en 2006 présentaient des capacités allant de 75 kt/an à 1 150 kt/an[4]. Le tableau de cette date mentionne notamment l'usine de DSM à Geleen (Pays-Bas), d'une capacité de 1 150 kt/an, ainsi que plusieurs sites à deux lignes de production comme celui de Yara à Rostock (Allemagne), avec deux unités de 633 kt/an chacune[4]. Le produit répond au règlement européen 2003/2003/EC relatif aux engrais[4]. Lorsque la teneur en nitrate d'ammonium excède certains seuils réglementaires, le produit est classé substance oxydante au titre des règlements de transport des Nations unies[4].
Usages agronomiques
L'utilisation du CAN ne provoque pas d'acidification du sol, grâce à l'action tampon du calcium carbonaté qu'il contient[1][2]. La fraction azotée, moitié ammoniacale et moitié nitrique, offre une disponibilité immédiate pour la plante (forme nitrique) et une libération plus progressive (forme ammoniacale, après nitrification). Cette double forme en fait un engrais polyvalent, employé en fond ou en couverture sur de nombreuses cultures. Les spécifications indiennes fixent à 25,0 % minimum la teneur totale en azote ammoniacal et nitrique, et à 1,0 % maximum la teneur en humidité[2]. Le CAN ne doit pas être confondu avec le nitrate de calcium (Ca(NO₃)₂, 15,5 % d'azote), utilisé principalement sur cultures de rente pour son apport de calcium soluble[3].
Marché et commerce
La production mondiale de nitrates (AN/CAN) s'élevait à 19,1 Mt d'azote en 2023, dont 3,5 Mt pour le CAN et le nitrate de magnésium-ammonium (MAN) ; ces chiffres intègrent la partie nitrique des solutions azotées (UAN) ainsi que les grades industriels[3]. Sur la période 2013-2023, la croissance tendancielle de la production de nitrates a été nulle[3]. La Russie se positionne comme premier producteur mondial, suivie par les États-Unis et la Chine[3]. La consommation de nitrates demeure fortement ancrée en Europe, où le CAN représente l'engrais le plus appliqué[4][3]. La faible concentration en azote par rapport à l'urée constitue un handicap logistique : le rapport masse d'engrais transportée par unité d'azote est moins favorable, ce qui pénalise les flux intercontinentaux[3]. Les échanges commerciaux se concentrent donc sur des zones régionales, l'Europe demeurant le principal bassin de consommation.
Réglementation et sécurité
Le CAN bénéficie d'un statut réglementaire distinct de celui du nitrate d'ammonium pur, dont le commerce et l'usage agricole sont interdits dans de nombreux pays en raison des risques d'explosion[5]. L'adjonction de carbonate de calcium réduit la fraction de nitrate d'ammonium et abaisse ainsi la dangerosité du produit, tout en préservant ses propriétés fertilisantes[5]. Néanmoins, les seuils de teneur en nitrate d'ammonium restent surveillés pour le classement au transport[4]. En Europe, le règlement sur les produits fertilisants encadre les spécifications des engrais mis sur le marché, bien que les dispositions relatives au cadmium concernent davantage les engrais phosphatés que les nitrates.
Sources
- FAO, Plant nutrition for food security (2006), p. 114 · Voir la source
- FAO, Plant nutrition for food security (2006), p. 336 · Voir la source
- Yara, Fertilizer Industry Handbook 2025, p. 53 · Voir la source
- Commission européenne, BREF LVIC-AAF (2007), p. 391 · Voir la source
- FAO, Plant nutrition for food security (2006), p. 113 · Voir la source
Texte original de fertiliser-market.com. Les faits et les chiffres sont repris des documents cités, à la page indiquée ; aucun texte, tableau ni graphique n'en est reproduit.
Mis à jour le 3 novembre 2026