Le Moyen-Orient désigne, dans le commerce des engrais, l'ensemble des pays producteurs et exportateurs du Golfe persique et de ses pourtours — principalement l'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Iran — ainsi que, par extension, les économies riveraines du Proche-Orient et d'Afrique du Nord (région NENA). Cette zone constitue l'un des pôles stratégiques mondiaux pour l'approvisionnement en ammoniac, urée, soufre et engrais phosphatés. Pour les engrais azotés, la compétitivité repose sur l'abondance de réserves gazières à bas coût, car la production dérive directement de l'énergie[1]. Le détroit d'Ormuz, passage obligé pour l'essentiel des flux, concentre les risques géopolitiques et logistiques du secteur[2].
Position dans les chaînes d'approvisionnement mondiales
La région occupe une place centrale dans les échanges internationaux de fertilisants et de matières premières. En 2024, elle assurait 34 % du commerce mondial d'urée, 18 % de celui de MAP et DAP, 23 % des échanges d'ammoniac et 49 % du commerce du soufre[3]. Ces matières transitent majoritairement par le détroit d'Ormuz, qui représente également un corridor critique pour le gaz naturel liquéfié (GNL) : la zone affectée fournit 20 % du commerce mondial de GNL, alimentant notamment les producteurs azotés d'Asie du Sud[3].
L'exposition de la filière ne se limite pas aux flux physiques de produits finis. Les perturbations du détroit affectent aussi l'économie des producteurs situés en aval, car le gaz naturel représente généralement 60 à 80 % des coûts de production de l'azote[3]. Une interruption des approvisionnements gazières crée ainsi des effets d'entraînement sur les marchés mondiaux, au-delà de la zone immédiatement concernée[1].
Évolution des flux commerciaux et redéploiements
Les conflits récents ont profondément modifié les routes commerciales. Depuis la guerre en Ukraine, les flux d'ammoniac ont connu un déplacement significatif : la mer Noire a perdu des volumes au profit du Moyen-Orient et de la zone Caraïbes/Golfe du Mexique[4]. Sur le marché de l'ammoniac, l'équilibre asiatique est passé d'un modeste déficit à un large excédent, porté par la mise en service d'unités en Arabie saoudite et à Oman, combinée à une demande industrielle atone dans la région[4].
Les attaques houthis dans la mer Rouge ont ensuite contraint le trafic d'ammoniac à contourner l'Afrique plutôt que d'emprunter le canal de Suez, allongeant les distances parcourues et soutenant les écarts de prix entre marchés de l'Est et de l'Ouest[4]. Cette dualité des points de goulot — Ormuz et mer Rouge — expose désormais l'ensemble de la chaîne, des producteurs aux agriculteurs, à des aléas cumulés[1].
Risques d'approvisionnement et scénarios de perturbation
Une interruption prolongée du détroit d'Ormuz bloquerait à la fois des engrais finis et les intrants nécessaires à leur fabrication ailleurs. Entre fin février et fin avril 2025, seulement quatre navires de soufre ont pu quitter le Golfe par Ormuz, totalisant environ 200 kt, et deux navires d'urée ont également évacué la zone avec environ 85 kt[5]. L'Inde apparaît particulièrement vulnérable, compte tenu de sa dépendance aux approvisionnements régionaux et de la réduction des exportations chinoises ces dernières années[5]. Le Maroc, l'Indonésie et la Chine figurent parmi les importateurs majeurs de soufre concernés, tandis que le Brésil, l'Australie, les États-Unis et la Thaïlande dépendent fortement des engrais finis transitant par cette voie[5].
L'incertitude porte autant sur la durée des perturbations que sur la vitesse de retour à la normale une fois les flux rétablis, ainsi que sur les conséquences en aval pour les campagnes d'épandage de 2026 et au-delà[2].
Sources
- IFA, Medium-Term Fertilizer Outlook 2026-2030, p. 3 · Voir la source
- IFA, Medium-Term Fertilizer Outlook 2026-2030, p. 2 · Voir la source
- IFA, Medium-Term Fertilizer Outlook 2026-2030, p. 4 · Voir la source
- Yara, Fertilizer Industry Handbook 2025, p. 45 · Voir la source
- IFA, Medium-Term Fertilizer Outlook 2026-2030, p. 9 · Voir la source
Texte original de fertiliser-market.com. Les faits et les chiffres sont repris des documents cités, à la page indiquée ; aucun texte, tableau ni graphique n'en est reproduit.
Mis à jour le 3 novembre 2026